Le sport sous anti-inflammatoires : un risque inutile !

« Pas de souci pour le match, la course ou le combat, je vais faire comme d’habitude : prendre un «petit anti-inflammatoire» avant, histoire d’avoir «moins mal aux jambes», «moins de courbatures», «moins mal au dos», ou «éviter que la tendinite se réveille ou me gêne»…» Vous vous reconnaissez ? Et bien sachez que vous êtes très nombreux dans ce cas, et que les professionnels de santé sont également très nombreux à conseiller ou prescrire ce genre de médication avant une épreuve sportive, même (voire surtout) dans le sport professionnel !! Dans mon passé de médecin d’équipe de football professionnelle, un joueur avait l’habitude de me demander systématiquement un anti-inflammatoire dans le vestiaire avant les matchs, et j’avais beau lui répéter que ça ne servait à rien et que c’était dangereux, il ne se sentait pas bien s’il ne le prenait pas.. Ce qu’il ne savait pas, c’est que le comprimé que je lui donnais était du Paracetamol, donc absolument pas anti-inflammatoire.. 😉 L’effet antidouleur suffisait, sans y ajouter l’effet anti inflammatoire, inutile et dangereux..l’effet « placebo » faisait le reste pour qu’il se sente bien pendant son match..  

QUELS SONT LES MEDICAMENTS CONCERNES ?

Voici quelques exemples d’ « anti-inflammatoires non stéroidiens » ( « AINS » ) connus
  1. Par prescription médicale uniquement (ordonnance) ,:
  • Ketoprofène (profenid )
  • Diclofenac (voltarene)
  • Piroxicam (feldène)
  • Naproxène (apranax)
  Attention : Certains de ces médicaments sont sous forme « LP » ( libération prolongée, ce qui signifie que leur présence dans le sang action peut durer jusqu’à 12 heures..)Il faudra donc être doublement prudent !  
  1. Sans ordonnance :
  • Ibuprofène (advil,nurofen,spedifen..)
Nb : cet article ne tient pas compte de l’Aspirine, moins souvent utilisée par les sportifs, et dont les propriétés sont différentes de cette classe de médicaments . Son utilisation avant une épreuve sportive ,sans avis médical, reste toutefois déconseillée. NB2 : Cas particuliers des gels ou pommades anti –inflammatoires : lorsque vous vous massez avec ce type de topique, il existe un passage médicamenteux dans le sang . Celui-ci n’engendre pas de risque majeur lors de l’effort , mais n’est pas non plus très utile !

INUTILE !

Aucune étude médicale n’a prouvé que la prise d’anti inflammatoires en « prévention », n’avait la moindre utilité ni efficacité sur la fatigue, les douleurs, les courbatures, les tendinopathies, etc.. L’apparition de ces symptômes est liée essentiellement à l’état d’hydratation ; à la qualité de l’alimentation et des apports énergétiques avant et pendant l’épreuve, à la qualité de l’entraînement préalable, à l’hygiène de vie globale, et ce n’est pas la prise d’un comprimé anti-inflammatoire qui changera quoi que ce soit si l’ensemble de ces paramètres n’est pas optimal. En ce qui concerne les problèmes tendineux, musculaires, ou les douleurs articulaires pouvant diminuer la performance sportive, ou vous contraindre à déclarer forfait, sachez bien que le médicament aura surtout un effet « antalgique ( contre la douleur) », et non « anti-inflammatoire ». L’action anti inflammatoire sera donc obtenue lors de la pratique sportive en cas de prise régulière du traitement sur 7 à 10 jours, mais pas (ou beaucoup moins) sur une prise « ponctuelle ». Malheureusement, c’est dans cette situation que l’on s’expose aux risques .

QUELS SONT LES RISQUES ?

    Le mode de fonctionnement des AINS est d’inhiber la fonction d’une enzyme, appelée « cyclo-oxygénase » (COX). Le rôle de cette enzyme est de permettre la transformation d’un acide gras (acide Arachidonique) en « prostaglandines » (PG). La COX existe sous deux formes: –La COX1 :  son rôle est très important puisqu’elle permet la synthèse des prostaglandines protectrices pour la paroi de l’estomac et des intestins, éléments qui permettent en outre la bonne circulation sanguine au niveau des reins, et la fonction de coagulation normale par les plaquettes sanguines.. –La COX2 : elle sera plutôt à l’origine de la synthèse d’autres prostaglandines , plus néfastes, favorisant l’inflammation. Le problème, c’est que les anti-inflammatoires agissent certes contre la Cox2 (effet « bénéfique » des anti-inflammatoires.), mais aussi contre la COX1 ! l’effet bénéfique sera donc largement surclassé par l’effet délétaire, et notamment lors de l’effort physique… Quels sont donc les risques ?
  1. sur la Tension Arterielle
Les AINS ayant un effet de rétention de l’eau et du sel, il vont avoir tendance à faire augmenter la Pression  Arterielle ( ou Tension arterielle). Or, La pratique sportive augmente déjà physiologiquement cette pression. Qui dit augmentation de la Tension dit augmentation du risque d’AVC (accident vasculaire cérébral), et d’Infarctus du myocarde (« crise cardiaque »). on comprendra aisément que l’association sport-AINS peut être dangereuse..
  1. risque cardiaque
  • En plus du risque évoqué ci –dessus, le dérèglement de la fonction des plaquettes par les AINS va parfois favoriser la survenue de « thrombus », c’est-à-dire de caillots dans le système artériel, donc risque d’infarctus !.
  • les « troubles du rythme », à savoir la désorganisation du rythme cardiaque, avec pour conséquences syncopes, malaises à l’effort, voire mort subite, sont favorisés par une augmentation du taux de potassium dans le sang : l « hyperkaliémie », consécutive à la prise d’AINS.
  • les risques d’insuffisance cardiaque sont très faibles à l’effort, car il y a un perte d’eau et de sodium par la transpiration, mais peuvent exister chez des personnes prenant d’autres médicaments , notamment contre l’hypertension arterielle.
 
  1. Risque rénal
La circulation artérielle au niveau du rein est diminuée par ces médicaments, mais aussi diminuée physiologiquement par l’effort physique. Cela peut conduire à une insuffisance rénale aigue, pouvant être grave, et dont une des conséquences possibles sera également l’hyperkaliémie citée plus haut, donc potentiellement des troubles du rythme cardiaque.
  1. Risque digestif
Plus connu car souvent ressenti par les patients qui prennent des anti inflammatoires, l’altération de la muqueuse gastrique va entrainer une « gastrite » voire une « enterite », à savoir une inflammation de la paroi de l’estomac ou de l’intestin. Au mieux on peut ressentir des brulures d’estomac pendant l’effort, d’autant que là aussi il existe une gastrite physiologique liée à l’effort qui va donc être majorée. Au pire peut se constituer un ulcère à l’estomac ou une détérioration des intestins qui pourra conduire à long terme à des diarrhées d’effort notamment.
  1. L’effet « masquant »
Moins grave bien entendu, mais il est évident que la prise de tels médicaments avant un effort physique va masquer les sensations que vous apportent votre corps. Savoir s’écouter, ressentir le mal ou le bien-être corporel, sans aucun artifice, est idéal pour mieux gérer son effort.. tenter de casser la douleur est finalement une sorte de triche avec soi-même, et de toute façon, sur le long terme, c’est votre corps qui gagnera..
  1. Risque à long terme
Il est évident que la prise répétée et systématique de ce type de médicaments avant la pratique sportive aura un effet délétaire plus marqué que la prise ponctuelle. Les reins vont s’abimer, le cœur va s’affaiblir et moins bien s’adapter à l’effort, le système digestif finira par poser le problème d’inflammation chronique, et faire le lis de problèmes tendineux, de fatigue ou autre lésions musculaires à répétition…Autrement dit : l’arroseur arrosé !   Ainsi, dans l’idéal, il vaut mieux prendre le temps de bien se soigner ( repos sportif relatif, kinésithérapie, ostéopathie, mésothérapie, etc..) avant de se lancer dans une épreuve, mais si l’envie est trop forte, que c’est votre métier, que la pression de l’entourage (club,entraineur,dirigeants..)est trop forte ou si simplement ce sont vos « vieilles articulations » qui vous font souffrir , il existe des alternatives à la prise très risquée des anti-inflammatoires..  

Quelles sont les alternatives ?

bien que cet article ne soit pas dédié aux traitements de la douleur chez le sportif, voici quelques pistes possibles pour éviter la prise d’AINS :
  • S’hydrater suffisamment avant, pendant et après l’effort
  • Utiliser des boissons d’effort et de récupération ( cf rubrique hydratation sur le site)
  • L’homéopathie : une dose d’arnica montana 15CH avant , pendant ou après l’effort, pourra réduire la sensation de courbatures ou autres douleurs musculaires
  • Le paracetamol : si la dose ne dépasse pas 1g toutes les 6 heures, le risque est faible, et l’effet antalgique peut être tout aussi efficace qu’un anti-inflammatoire .
(en pratique on peut le prendre si on ressent une douleur pendant l’effort, voire en préventif avant le match, mais pas plus de 3h avant la durée d’action du médicament est de 6 heures))   Mais surtout et en conclusion: S’écouter et respecter son corps : s’il a mal c’est que vous devez en prendre soin, et ce n’est pas en masquant ce mal que vous y parviendrez, bien au contraire. La prise d’anti-inflammatoires pour faire du sport ne résoudra rien, vous fera courir un risque potentiellement grave, et pourra même, à long terme, favoriser la survenue d’autres blessures tendineuses ou musculaires.. Alors ?..Prendrez-vous des anti-inflammatoires pour les soigner ?;-)    

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.